LA PASSIFLORE : la plante des anxieux

LA PASSIFLORE : la plante des anxieux

Vous connaissez certainement le Fruit de la Passion, ce délicieux fruit exotique acidulé !

Mais saviez-vous que la plante qui donne le fruit, la Passiflore, est une plante médicinale de premier ordre ? 

En effet, cette plante grimpante d’origine tropicale qui s’est très bien acclimatée chez nous, est très utilisée en phytothérapie pour ses vertus anxiolytiques et calmantes du système nerveux. Elle est en plein floraison actuellement dans les jardins, donc c’est le moment de s’y intéresser de plus près…

Aujourd'hui, nous allons donc vous parler de :
Botanique
Histoire
Culture et cueillette
Cuisine
Propriétés et utilisations
Symbolisme


BOTANIQUE

La Passiflore est une plante grimpante qui a donné son nom à la famille des Passifloracées. C’est une grande herbacée vivace, de 8 à 9 mètres de long en général, qui s’accroche avec enthousiasme sur les treillis de tout ordre grâce à ses vrilles et qui pousse très vite sur à peu près n’importe quel support !

On compte plus de 530 espèces dans la famille des Passifloracées : mais les plus connues sont Passiflora incarnata (généralement rouge ou violette), celle qu’on utilise généralement en phytotérapie (les autres n’ont pas la même teneur en glycosides cyanogènes et ont des propriétés moindres, voire inexistantes), Passiflora caerula, la Passiflore bleue qui ne craint pas le froid et qui est la plus commune dans les jardins européens, et Passiflora edulis, qui est la plus utilisée en agro-alimentaire (c’est celle qui fournit les fameux « fruits de la passion »).

Cette famille de plantes est originaire des régions tropicales d’Amérique du sud, et le nom scientifique Passiflora incarnata nous vient des Jésuites qui cherchaient à évangéliser les amérindiens XVIe siècle, car ils voyaient dans cette fleur exubérante et très complexe un support pédagogique pour illustrer la passion du Christ : Passiflora incarnata signifie donc littéralement « fleur incarnant la passion ».

On l’appelle aussi Fleur de la Passion, liane de Grenade ou Grenadille, car son fruit ressemble à une petite grenade, ou encore maracuja en indien guarani.

Les lianes comme la Passiflore sont des plantes qui font preuve d’une adaptabilité extrême : les botanistes parlent même « d’intelligence végétale » à leur sujet, quand ils étudient les prouesses des lianes, et comme disent Pierre Rossion et Jean-Marie Pelt, « si l'on pouvait attribuer un quotient intellectuel aux végétaux, les plantes grimpantes viendraient en tête, et ce prix d'intelligence se doublerait d'un prix de gymnastique ». 

La Passiflore ne fait pas exception à la règle : elle se cultive très bien au jardin, se plait sous le soleil et pousse très vite dans les endroits chauds, à condition d’avoir un sol riche et d’être plantée en plein terre. 

Elle s’accroche à ses supports en utilisant des variantes de noeuds très complexes, comme les noeuds de vache, les noeuds de chaise ou bien d’autres encore, que les marins du coin connaissent bien, et que, personnellement, je serai bien incapable de reproduire (au grand désespoir de mon marin de mari…).

On trouve maintenant des Passiflores en Asie, en Afrique et en Australie, dans toutes les zones tropicales, en gros. elles se sont aussi très bien acclimatées en France : la Passiflore bleue est prédominante en région méditerranéenne, mais certaines espèces ont été modifiées pour supporter les températures négatives et s’épanouissent désormais sur les côtes bretonnes ou vendéennes (je vous recommande quand même la pose d’un voile d’hivernage en hiver sur ces sous-espèces.)…

La floraison de la Passiflore s’étend de juin à octobre : sa tige est creuse, ses feuilles à trois lobes fins et échancrés présentent de très nombreuses vrilles et ses fleurs sont spectaculaires : elles peuvent mesurer jusqu'à 5 cm de diamètre et sont pourvues d'un calice à 5 sépales et d'une corolle de pétales blancs ornée d'une double couronne de filaments pourpres, de 5 étamines et d'un pistil puis de l'ovaire.

Leurs pétales ont des couleurs vives telles que le blanc, le rose, le rouge, le bleu, le jaune ou encore le violet, disposés comme une « couronne d’épines ». Le pistil est composé de 3 styles (qui correspondaient aux trois clous de la Passion), les cinq pétales rappelant les cinq blessures, le cœur de la fleur faisant penser à la couronne d'épines

Au centre, elle est surmontée de filaments d'une finesse extrême, généralement pourpres et la couleur blanche et bleutée symbolisant la pureté ou le ciel. En fait, cette belle fleur circulaire est une rareté du point de vue anatomique : tout est fait pour favoriser la pollinisation en attirant les abeilles et les bourdons là où il faut : en effet, la drôle d'architecture des Passiflores permet la fécondation croisée et permet d’éviter au maximum l’autofécondation, grâce aux positions respectives des stigmates et des anthères.

Quelque que soit la variété, les fruits, d'une taille modeste de 4 à 5 cm, légèrement ovales et orangés, sont touscomestibles, quelque que soit la variété, et renferment de petites graines noires. Ils sont très riches en vitamine C, et toujours rafraichissants, même si, à part Passiflora edulis, ils ne sont pas très intéressants gustativement…

Les feuilles contiennent de nombreux constituants intéressants, notamment des flavonoïdes (quercétine, apigénine, lutéolol, kaempférol, lutéoline, apigénine, orientol, vitexol, saponarol), des alcaloïdes (très minoritaires dans sa composition), des polysaccarides (maltol), des tanins, des triterpènes, des coumarines et des acides phénols. de la vitamine C, B9 et des fibres alimentaires. 

Sa particularité : les principes actifs de la Passiflore se trouvent en petite quantité seulement et agissent en s'associant les uns aux autres, sans qu’on puisse attribuer ses mécanismes d'action à telle ou telle molécule en particulier. C’est ce qu’on appelle le « Totum » de la plante, en herboristerie : cette synergie mystérieuse qui confère à la plante ses propriétés thérapeutiques, au-delà de notre compréhension humaine.


HISTOIRE

En Amérique du nord, on trouve les premières mentions de la Passiflore dès la préhistoire amérindienne : sa culture est archéologiquement attestée dès la période archaïque tardive, soit entre - 8000 et - 2000 avant JC. elle était alors cultivée à des fins médicinales (racines) et alimentaires (fruits et feuilles) par de nombreux peuples autochtones, notamment les Cherokee et les Algonquins. Le fameux capitaine Jonh Smith (vous savez, l’amoureux de Pocahontas) signale dans ses écrits que les indiens de Virginie utilisent les fruits de la Passiflore pour en faire du sirop.

On pense toutefois que la plante est plutôt originaire d’Amérique centrale, plus précisément du Mexique, où elle était très utilisée par les Aztèques : elle faisait partie des plantes cultivées dans les jardins de l’empereur Moctezuma, même si elle n’est mentionnée dans un herbier pour la première fois qu’au 16eme siècle. Ils l’utilisaient alors essentiellement pour ses vertus calmantes.

Ce sont les Conquistadores qui font les premiers mention de cette plante dans leurs écrits et décrivent les premiers les villes de Colombie dont les jardins débordent de « granadillas ». Les botanistes qui les accompagnent, comme le médecin espagnol Nicolas Monardes qui découvre la plante au Pérou en 1560, sont tous fascinés par sa structure florale complexe, si bien qu’ils l’introduisent rapidement en Europe en tant que plante ornementale et aussi pour consommer ses fruits acidulés et rafraîchissants : Passiflora incarnata est cultivée à Paris dès 1612 !

Mais ce sont les missionnaires jésuites qui lui ont donné sa notoriété : ils l’utilisaient littéralement comme « support pédagogique » pour expliquer la Passion du Christ aux amérindiens dans leur mission d’évangélisation. La légende qu’ils racontaient disait que Jésus agonisant laissa tomber sur une petite fleur blanche piétinée, une goutte de son sang : alors la fleur but la divine rosée et fut transformée. La croix apparut sur la petite fleur et elle se colora de sang, clou et marteau apparurent en son centre. Ainsi, les pétales leur servaient à évoquer la couronne d’épines, les stigmates rappelaient les clous et les étamines les plaies du Christ en croix. Passiflora caerulea était pour eux la preuve absolue de l'existence du Christ et de sa Passion ! Et c’est ainsi qu’en 1628, le naturaliste italien Federico Cesi nomma officiellement cette liane américaine « Passiflora ».

La Passiflore était aussi utilisée de manière rituelle chez les amérindiens : en tant que liane, elle était vue comme une médiatrice entre le monde des humains et le monde des Esprits. On pensait même qu’elle était capable d’intensifier les rêves lors des rituels chamaniques, de calmer les Esprits et d’apporter des visions apaisantes (ce qui est complètement cohérent avec ses propriétés calmantes nerveuses, d’ailleurs).

Dans la tradition hoodoo du Sud des États-Unis et du Mexique, la Passiflore était aussi utilisée pour fabriquer des charmes d’amour et d’attraction amoureuse : on l’appelait le « Charme du Colibri divin » ! Les femmes prenaient aussi des bains de Passiflore pour attirer l’élu de leur coeur…

Malgré son nom, c’était la plante de l’amour romantique plus que de la passion érotique, car la Passiflore était réputée équilibrer les émotions : là encore, c’est tout à fait cohérent avec ses propriétés médicinales réelles…

Par contre, il faut attendre le 19eme siècle pour que la Passiflore intègre la pharmacopée européenne, lorsque les médecins américains reconnaissent à leur tour les vertus anxiolytiques et calmantes de la plante, bien connues depuis fort longtemps par les amérindiens : et c’est en 1937 que la Passiflore entre dans la pharmacopée française et commence à être étudiée plus sérieusement. La Commission européenne reconnaît aussi ses effets sur les spasmes musculaires, la nervosité et l’anxiété et la Passiflore entre dans la composition de préparations médicamenteuses de plusieurs pays européens, à ce jour encore.


CULTURE ET CUEILLETTE

La Passiflore se cultive très bien au jardin en France métropolitaine : c’est une plante qui aime le soleil et la chaleur, qui la fait pousser très vite, mais elle s’adaptera globalement très bien dans toutes les régions au climat doux. Par contre, l’hiver, s'il fait froid chez vous, la partie aérienne va disparaitre, puis elle repartira au printemps suivant. En principe, elle tolère jusqu’à -5 ou -10°C , à condition que le sol soit riche et bien drainé. La pose d’un voile d’hivernage sera une bonne précaution tout de même…

Elle ne craint pas grand chose, à part un excès de sécheresse les 2 premières années après sa plantation : arrosez-la donc régulièrement les premières années, et puis après, laissez-la vivre… Elle a un seul ennemi : la chenille du papillon Heliconius, qui dévore ses feuilles !

En phytothérapie européenne, contrairement aux Améridiens qui utilisaient les racines, seules les parties aériennes sont utilisées : les feuilles, les tiges creusées et les vrilles, et aussi parfois les fleurs. Comme elle produit beaucoup de feuilles quand elle est en plein soleil, on peut facilement prélever ce dont on a besoin sans affaiblir la plante.


CUISINE

On utilise très peu la Passiflore en cuisine : toutes les variétés sont comestibles pourtant, mais à part la variété edulis, les fruits n’ont pas beaucoup d’intérêt en terme de goût, hormis leur richesse en vitamines et en minéraux. Traditionnellement, on les utilise aussi pour faire des jus, des cocktails et de la confiture. Vous pouvez aussi préparer des sirops.

Les fleurs aussi peuvent s’utiliser en décoration de plats, ou même cristallisées au sucre, c’est magnifique !

Mais à part ça, honnêtement, l’ intérêt de la passiflore en cuisine est extrêmement limité…


PROPRIÉTÉS ET UTILISATIONS

La Passiflore est généralement considérée comme une plante au profil refroidissant et plutôt asséchant. C’est assez cohérent avec les propriétés médicinales qui ont été démontrées, puisque c’est avant tout une grande plante du système nerveux, qui calme les tempéraments enflammés et agités. Refroidissante, donc !

1/ Sphère nerveuse :

De nombreuses études ont démontré que la Passiflore a de grandes propriétés calmantes et anxiolytiques, en particulier quand l’état d'excitation nerveuse est accompagné de tension musculaire. En effet, la Passiflore agit sur le système nerveux central, qui a un effet marqué sur les tensions musculaires et les douleurs névralgiques : l’exemple typique, ce sont les personnes qui ont tendance à crisper les épaules et se coincer le cou, vous voyez ? Ou qui ont la sensation physique de se sentir coincé comme dans un étau, ce qui alimente  en général très fortement les crises d’angoisse. 

NB : on ne connaît pas exactement à ce jour le fonctionnement de la synergie de constituants responsables de cet effet tranquillisant : on sait qu’elle stimule la production de sérotonine, mais on pense que son effet est plutôt dû à l’effet GABA-like de certaines molécules, mais on sait que leur concentration n’est pas suffisante pour expliquer l’effet anxiolytique de la Passiflore à elles toutes seules. 

(GABA-like : certains principes actifs de la Passiflore ont le même effet que le GABA qui est un neurotransmetteur inhibiteur de l'activité cérébrale. Ils se mettent sur les récepteurs GABA, de façon mimétique, ce qui permet de réduire l'activité cérébrale et de favoriser la relaxation).

On sait aussi que la plante agit sur les troubles anxio-dépressifs  en modulant la structure du microbiote intestinal (lien intestin/cerveau) : c’est donc une action d’ensemble très complexe, pas une seule molécule qui est la cause de son effet.

La Passiflore va principalement agir de deux manières : 

elle va calmer le petit vélo qui tourne sans arrêt dans votre tête et ainsi réduire l’hyperactivité mentale (vous savez, quand on se met au lit et qu’on rumine 20 fois la journée qu’on vient de passer dans tête, ou qu’on prépare mentalement sa liste de choses à faire demain…)

et elle va aussi agir comme décontractant musculaire ainsi relâcher la tension physique associée.

Ainsi, l’étau se desserre sur les deux nivaux, musculaire et nerveux. C’est une plante très utilisée pour calmer le stress, la nervosité, l’irritabilité, les crises d’angoisse ou l’anxiété diffuse, qu’elle soit installée et généralisée, ou simplement ponctuelle. On adaptera la cure en fonction de la situation : soit juste pendant quelques jours, soit (souvent) pendant plusieurs semaines si nécessaire.

Attention, contrairement à ce qu’on lit parfois, la Passiflore n’est PAS une plante hypnotique (qui induit le sommeil), c’est une plante qui est sédative du système nerveux central (et périphérique) : c’est-à-dire qu’elle ne fait pas dormir à proprement parler. Par contre, elle aide le corps à se débarrasser du stress et à s’installer dans l’état de relaxation nécessaire à l’arrivée du sommeil, et ainsi à produire un sommeil rép arateur de qualité. De plus, elle ne crée pas d'accoutumance et ne perturbe pas la vigilance au cours de la journée. De ce point de vue-là, elle est donc très intéressante pour solutionner les troubles du sommeil, même sans être à proprement parler inductrice de sommeil, et rien n’empêche, au contraire, de l’associer à des plantes réellement « hypnotiques », en cas de besoin.

Une étude de 2008 a même comparé l'efficacité de la Passiflore au Diazépam : hé bien figurez-vous que la Passiflore est aussi efficace que ce médicament de référence pour le traitement de l'anxiété et des troubles du sommeil ! Sans les effets secondaires…

En particulier, la Passiflore convient très bien aux personnes qui sont hypersensibles aux stimulations neurosensorielles : les gens qui se font réveiller par le moindre bruit, la moindre lumière, la moindre odeur. C’est le signe d’une hypervigilance que la Passiflore régule généralement très bien. Elle permet de réduire le temps d’endormissement, elle diminue la température corporelle (condition favorable à l’entrée dans le sommeil), elle augmente la durée du sommeil lent (essentiel pour la récupération) et aide à obtenir un sommeil proche du sommeil physiologique chez l'hyperactif stressé dont l'endormissement est difficile et qui a un sommeil superficiel, mais sans l’effet « coup de massue » de la Valériane ou du Chanvre, que certains détestent…

La Passiflore augmente les taux de mélatonine dans sang (et améliore les rythmes circadiens veille/sommeil, donc top pour se resynchroniser après un décalage horaire ou chronobiologique), elle augmente aussi significativement le temps de sommeil total. En revanche elle réduit le temps de sommeil paradoxal : ce qui peut être précieux pour les gens qui ont un sommeil agité, avec tendance aux cauchemars…

Comme elle réduit l’agitation mentale, elle sera parfaite pour la commerciale un peu « charrette » qui a bossé sur sa présentation de réunion jusque’à point d’heures, ou pour l’étudiant qui a du mal à trouver le sommeil après une soirée de révisions. Bon, dans un autre genre, elle est aussi particulièrement efficace après une soirée un peu trop arrosée, pour les insomnies d’excès alcoolique !

C’est aussi une plante aux propriétés anti-convulsivantes démontrées, qui peut être positivement utilisée en accompagnement d’une prise en charge d’épilepsie.

En terme de prise, l’idéal, c’est de prendre la Passiflore 1 à 2 heures avant de se mettre au lit : infusion (un petit peu amère, mais honnêtement, ça passe très bien), alcoolature, gélules de poudre, les formes ne manquent pas. C’est un grand classique qui se trouve facilement en herboristerie… 

A noter tout de même que si les flavonoïdes de la Passiflore sont bien extraits en infusion, une alcoolature permettra quand même une extraction plus complète (notamment celle des alcaloïdes associés), qui permettra une meilleure synergie de tous ses composants et donc une potentialité thérapeutique plus puissante. Ce seront les deux formes à privilégier pour une utilisation sur le plan nerveux, en tout cas.

En infusion, la dose traditionnellement conseillée est de 2 tasses/jour (1 cuillère à soupe par tasse) : on peut la prendre en journée puisqu’elle est relaxante et pas hypnotique (donc, ça peut aussi être intéressant tout au long de la journée). Et en alcoolature, on est globalement sur une goutte par kilo de poids, à diluer dans un verre d’eau (voire plus, selon Mickael Moore et les standards de l’herboristerie américaine).

Les effets peuvent débuter quelques heures après la prise chez certaines personnes, quand chez d'autres, il faudra quelques jours, voire quelques semaines de traitement pour noter des effets : nous sommes tous différents, à tester  donc !! 

Mais son efficacité est réelle et très bien documentée : ainsi, en 2001, un essai clinique mené avec un extrait pur de Passiflore a montré que la plante était aussi efficace que l'Oxazépam, qui est un anxiolytique de la famille des benzodiazépines, pour soulager des patients souffrant d'anxiété généralisée. Et dans une autre étude clinique conduite auprès de patients devant subir une opération chirurgicale, un extrait de Passiflore (500 mg pris 1 h 30 avant l'intervention) a été utilisé avec succès pour réduire le stress pré-opératoire (sans aucun risque hémorragique) ! Pareil avant un RDV dentiste, pensez-y.

Autre vertu très intéressante de la Passiflore au niveau du système nerveux : elle a montré de grandes qualités pour le sevrage des médicaments hypnotiques et anxiolytiques ! Le médecin Eric Lorrain, la référence de la phytothérapie moderne, dit même de la Passiflore qu’elle a une réelle action anti-addictive : en effet, toute une série d’études démontre que la Passiflore peut aider au sevrage lorsqu'il y a addiction, en particulier addiction aux Opiacées, à l’alcool, à la nicotine ou aux benzodiazépines (qui sont une classe de médicaments sédatifs et anxiolytiques qui provoquent malheureusement un gros phénomène d’accoutumance).

L’usage de la Passiflore est aussi intéressant en cas de symptôme d’abus de Cannabis car une des molécules de la Passiflore (un benzoflavone) agit comme un inhibiteur du THC, la substance hallucinogène présente dans le Chanvre indien. C’est donc une plante-clé pour accompagner un sevrage.

Alors, attention, la Passiflore ne va pas faire disparaitre les symptômes d'un sevrage difficile instantanément d’un coup de baguette magique, mais elle va atténuer l’addiction et apaiser la situation et permettre de la rendre plus tolérable. Et contrairement aux benzodiazépines, la Passiflore est un tranquillisant sans accoutumance, qui ne crée pas de dépendance, ni de problèmes de mémoire (au contraire, elle l’améliore !), ni de troubles psychomoteurs…

On associe la Passiflore avec succès avec d’autres plantes relaxantes et sédatives, comme la Valériane, l'Oranger, la Verveine, ou le Tilleul, qui se marient traditionnellement très bien avec la Passiflore. L'Aubépine et l’Eschscholtzia, la Mélisse, la Marjolaine et le Houblon peuvent aussi former des synergies intéressantes avec la Passiflore…

En cas d’insomnie d’agitation chez les enfants, le combo gagnant, c’est vraiment Passiflore + Tilleul ! Très efficace aussi en cas de TDAH (enfant ou adulte)… Pensez-y aussi pour les bébés qui font leurs dents, ou en cas d’agitation associée à une verminose.

C’est aussi une plante qui a une activité démontrée dans les troubles du spectre autistique : son action sur l’hippocampe permet d’améliorer significativement les troubles du comportement.

2/ Sphère cardio-vasculaire :

Les propriétés antispasmodique, bradycardisante et hypotensive de la Passiflore en font aussi une très bonne plante du système cardiovasculaire : en effet, la Passiflore relaxe les muscles squelettiques, mais aussi les muscles lisses, ceux qui tapissent nos organes et qui se contractent et se détendent de manière involontaire. 

La Passiflore est donc très intéressante pour traiter des palpitations, sensation dépression thoracique (l’étau, n’oubliez pas), une tachycardie d’origine nerveuse, ou une hypertension artérielle d’origine émotionnelle. Dans ce genre de cas, on la combine souvent avec de l’Aubépine,  l'Agripaume ou avec des plantes de nature diurétique. 

3/ Sphère ORL :

Autre propriété très peu connue de la Passiflore et pourtant très utile : elle peut aider à calmer une toux de nature nerveuse et spasmodique : vous savez, ces toux sèches, que l'on a du mal à arrêter et qui abîment la gorge. La Passiflore aide bien à calmer ce type de toux, un peu comme le Coquelicot.

De même, elle est utile pour réduire les symptômes de l'asthme car elle permet de calmer les spasmes bronchiques associés. Ainsi, des chercheurs américains ont testé un extrait d'écorce de Fruit de la Passion sur des patients souffrant d’asthme : après 4 semaines d'un traitement consistant à prendre 1 comprimé de 150 mg d'extrait par jour, la fréquence des problèmes respiratoires (toux, oppression thoracique, brièveté du souffle, sifflements de la respiration) a diminué de façon notable par rapport au groupe recevant le placebo, montant une réelle amélioration de la fréquence et amplitude respiratoire.

Des études ont aussi démontré récemment que son action antivirale spécifique peut constituer une aide efficace en cas de COVID car certaines de ces molécules peuvent se lier la protase principale du SARS-cov-2.

4/ Divers :

La Passiflore est aussi recommandée en cas de colites ou spasmes intestinaux (ça peut se comprendre…), notamment quand les problèmes digestifs sont liés au stress, bien sûr. Elle est aussi suggérée en accompagnement de troubles du comportement alimentaire : elle calme l’anxiété associée et a montré des améliorations notables dans une étude clinique de 2025, avec une tolérance irréprochable sur l’ensemble des patients !

Elle améliore significativement les symptômes précoces de la ménopause, ce qui confirme son utilisation traditionnelle (insomnie, dépression, colère, maux de tête, mais aussi transpiration nocturne, notamment).

Ses vertus antispasmodique, antinévralgique et analgésique (mécanisme cannabimimétique)  en font aussi une bonne allée en cas de migraine ou céphalée, de règles douloureuses, de zona, de sciatique, de tensions posturales, de douleurs neuropathiques et même en accompagnement des maladies de Parkinson et d’Alzheimer, d’autant plus que la Passiflore est aussi neuro protectrice (présence de flavonoïdes ++) et puissamment anti-oxydante.

Enfin, elle est aussi intéressante en compresse externe pour soigner les hémorroïdes, de par son activité anti-inflammatoire.

5/ Précautions d'emploi :

On signalé de très rares cas d’allergie, et des risques d’hypersensibilité à très fortes doses (au-delà de 3 à 8g par jour selon les sensibilités personnelles : angéite (inflammation des vaisseaux), nausées, troubles de la vision ou migraines). Dans ces cas-là, il suffit de réduire les doses. 

Mais aux doses recommandées, la Passiflore est sans danger !

Sur le principe, on conseille de porter une attention particulière aux interactions avec certaines plantes (comme l'Aubépine ou la Valériane) ou avec des médicaments anxiolytiques et hypnotiques, car leurs actions pourraient se cumuler, mais c’est un risque théorique. 

Elle est contre-indiquée à fortes doses aux femmes enceintes (au-delà de 1g/jour, elle pourrait théoriquement provoquer des contractions utérines : on est dans l’absence de données de sécurité suffisantes, en fait), aux femmes allaitantes à cause de la présence d’alcaloïdes (peu, mais bon…), ainsi qu'aux enfants de moins de 6 ans. 

Par contre, si vous prenez des anxiolytiques, des anti-dépresseurs ou de l’alcool, en parallèle de fortes doses de Passiflore, faites un peu attention, car elle peut en augmenter les effets, donc ayez une certaine observance de vous-mêmes. Traditionnellement, on évite trop de consommation d’alcool quand on prend de la Passiflore.


SYMBOLISME

La Passiflore porte plusieurs significations symboliques, comme souvent. La première, c’est la PAIX INTÉRIEURE, bien sûr. 

Dans l’ancien temps, on la conservait dans les maisons pour y faire régner le calme et la paix entre ses habitants. Et c’est donc une plante qui est censée apporter la paix dans l’âme (comme ses propriétés relaxantes le suggèrent), et aussi entre les gens. Elle éloigne toute espèce de perturbation.

La deuxième signification de la Passiflore, c’est la reliance ou l’UNITÉ : cette liane qui relie la Terre et le ciel et qui représente la Passion du Christ qui a donné sa vie pour l’amour des hommes, symbolise aussi l’amour universel. Elle nous dit que nous n’avons pas à nous sentir seuls, que nous sommes reliés. Elle ouvre notre coeur au réconfort de la Terre et à la magie de l’Univers. Elle est d’ailleurs reliée au chakra coronal (tout en haut de la tête) selon l’ayurvéda indien.

Enfin, la Passiflore est aussi un symbole de curiosité, de foi et d’AUDACE : comme ses vrilles qui partent explorer l’univers avec confiance et exubérance, la Passiflore nous rappelle d’oser aller voir ce qui se passe de l’autre côté, d’oser nous étendre au-delà de nos limites. Elle nous invite à vivre des expériences nouvelles, en toute confiance, à notre rythme, tout en ayant foi dans l’univers.

Ceci dit, cette capacité à rester calme et apaisé, que nous procure la Passiflore, est peut-être le secret à mettre en oeuvre pour avancer  à notre rythme, sans stress ni brun-out ? Et à notre époque ultra-connectée et saturée d’informations et de vitesse, la quiétude intérieure apportée par une petite tasse de Passiflore est une expérience nouvelle en soi…

Alors, êtes-vous prêts à à expérimenter la paix intérieure de la passionnante Passiflore ???

Foire aux questions sur la Passiflore

La Passiflore fait-elle dormir ?

Non, pas au sens strict. Ce n'est pas une plante hypnotique : elle ne provoque pas le sommeil directement. En revanche, elle calme le système nerveux central et relâche les tensions musculaires, créant les conditions idéales pour un endormissement naturel et un sommeil de qualité. Elle agit sur le "petit vélo" mental qui tourne la nuit, sans effet "coup de massue".

Combien de temps faut-il pour ressentir les effets de la Passiflore ?

Les effets varient selon les personnes : certaines les ressentent dès les premières heures, d'autres après quelques jours, voire deux à trois semaines de cure régulière. Chaque organisme est différent. Il est conseillé de tenir une cure d'au moins 3 semaines avant de tirer des conclusions.

La Passiflore crée-t-elle une dépendance ?

Non. C'est l'un de ses grands avantages par rapport aux médicaments anxiolytiques de synthèse : elle ne crée aucune accoutumance, ne perturbe pas la vigilance en journée et peut même aider au sevrage des benzodiazépines !!

Quelle forme de Passiflore choisir : infusion, gélules ou alcoolature ?

Les trois formes sont efficaces. L'infusion est agréable au quotidien (légèrement amère, mais douce). L'alcoolature offre une extraction plus complète de tous les principes actifs, dont les alcaloïdes, et sera souvent plus puissante pour les cas sérieux d'anxiété ou de troubles du sommeil installés. Les gélules sont pratiques en déplacement. N'hésitez pas à nous demander conseil en boutique selon votre situation !

La Passiflore est-elle sans danger pour les enfants ?

Elle est déconseillée à fortes doses aux enfants de moins de 6 ans. À partir de cet âge, elle peut être utilisée avec précaution, notamment pour les insomnies d'agitation, idéalement associée au Tilleul. Consultez un professionnel de santé ou un herbaliste pour les dosages adaptés.

Peut-on cultiver la Passiflore dans son jardin ?

Oui, très facilement ! La Passiflore bleue (Passiflora caerulea) s'adapte très bien au climat doux de la région Nouvelle-Aquitaine. Elle pousse vite, fleurit de juin à octobre et est robuste jusqu'à -10°C avec un voile d'hivernage. C'est une très belle plante d'ornement ! Mais pour un usage médicinal, ce n'est pas la plus efficace..

Article rédigé par : Magali Lugan, Herbaliste certifiée — École Lyonnaise des Plantes Médicinales et des Savoirs Naturels

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Vous trouverez de la Passiflore en plante sèche, en gélules de poudre ou en alcoolature dans notre herboristerie Les Herbes Folles, au 4 rue des Trois Fuseaux à La Rochelle, ou sur notre boutique en ligne.

Nos herbalistes sont disponibles pour vous conseiller sur les dosages et associations adaptés à votre situation.

Références/sources :
Luminessens
Christophe Bernard  Althea Provence
300 plantes médicinales de France et d’ailleurs, Claudine Luu, herboriste et praticienne MTC, et Annie Fournier
ELPM
Le Petit Larousse des plantes qui guérissent, de François Couplan et Gérard Debuigne
Maïa Toll, auteure de L'Herbier du chaman
Secrets d’une herboriste Marie-Antoinette Mulot
L’herboristerie : manuel pratique de la santé par les plantes, Patrice de Bonneval
Du bon usage des plantes qui soignent de Jacques FLeurentin
Traité d’herboristerie énergétique de Matthew Wood
Plantes occidentales et médecine chinoise, Anne Vastel et Sylvie Chagnon
Grand Manuel de Phytothérapie de Eric Lorrain