Le Frêne élevé, comme son nom l’indique, est un « grand » arbre : il a rendu bien des services aux hommes depuis l’Antiquité, qui l’ont utilisé pour se chauffer, comme bois de construction, et aussi pour ses grandes vertus médicinales… Il bourgeonne en général dès le mois de février, donc c’est le moment de s’y intéresser !
Aujourd'hui, nous allons donc vous parler de :BotaniqueHistoireCulture et cueilletteCuisinePropriétés et utilisationsSymbolisme
BOTANIQUE
Le Frêne est un bel arbre très commun dans les forêts françaises : c’est même la 4ème essence de feuillus la plus répandue en France, après le Chêne, le Hêtre et le Châtaignier. Une forêt constituée essentiellement de Frênes est appelée une Frênaie.
C’est un arbre qui appartient à la famille des Oléacées, c’est donc un cousin de l’Olivier.
Nous allons essentiellement parler du Frêne élevé, dont le nom scientifique est Fraxinus excelsior, et qui est l’essence la plus utilisée en phytothérapie, mais il faut savoir que le genre Fraxinus rassemble environ une 60aine d’espèces, dont 3 sont spontanées en France :
- Fraxinus excelsior, le Frêne élevé ou commun, le plus répandu,
- Fraxinus angustifolia aux feuilles plus étroites, qu’on retrouve surtout dans le Sud et l’ouest,
- et Fraxinus ornus, encore appelé Frêne à fleurs ou Frêne à manne qu’on trouve principalement en région méditerranéenne.
Fraxinus signifie « foudre » en latin, car isolé, c’est un arbre qui attire la foudre.
On l’appelle aussi Chalef, Fraisse, Arechou, Arbre à regrets, Frexo, Bourgeon noir, Oyarde, Langue d’oiseau, Quinquina d’Europe, Arbre des centenaires ou Ash en anglais.
Le Frêne est un arbre assez élevé (logique !), dont la taille peut facilement atteindre 20 à 30 mètres de haut, voire 45 mètres pour les plus grands, qui a un port plutôt élancé et un tronc droit de couleur gris clair, qui a la particularité d’être lisse quand l’arbre est jeune, et de foncer et se fissurer avec l’âge, jusqu’à former de grandes crevasses longitudinales ! C’est d’ailleurs une des caractéristiques pour le reconnaître avec certitude.
C’est un arbre qui eut vivre jusqu’à 200 ans, environ, et qui est très répandu dans les forêts tempérées, les plaines et les landes européennes. On le retrouve aussi en Asie et en Amérique du nord, jusqu’à 1900 m d’altitude.
Les frênes seraient géologiquement très anciens : durant le Tertiaire (-70 millions à -4 millions d'années), ils habitaient dans le voisinage du Pôle Nord, puis ils auraient graduellement émigré vers le sud, ce qui pourrait expliquer pourquoi ils perdent leurs feuilles très tôt à l'automne et s'en couvrent tard au printemps.
Le Frêne donne naissance à des bourgeons coniques, gros et surtout bien noirs, qui sont très facilement reconnaissables et permettent d’identifier l’arbre sans problème. Son feuillage caduc est formé de grandes feuilles composées, qui comprennent entre 7 et 15 folioles, de couleur vert clair, légèrement dentelées, opposées sur la tige, et imparipennées (foliole terminale toute seule au bout).
Alors, c’est une espèce qui a la particularité, comme l’ortie, d’être une espèce essentiellement dioïque, c’est-à-dire que l’arbre est soit mâle soit femelle, et ne porte que les fleurs de son sexe (hermaphrodisme possible, mais extrêmement rare). Cela permet d’éviter qu’il s’autoféconde et assure une meilleure répartition génétique de l’espèce. Les fleurs s’épanouissent en bouquets denses à l’extrémité des rameaux, de février à juin, selon les régions, et produisent des fruits qu’on appelle des « samares », qui contiennent 1 à 2 graines, et qui ressemblent à un petit hélicoptère avec leurs ailes membraneuses qui leur permettent de s’éloigner de l’arbre-mère grâce au vent, parcourant ainsi de grandes distances !
Attention, le pollen du Frêne peut être allergisant. Le Frêne sécrète aussi un exsudat, une sorte de sève transformée qu’on appelle la manne, et qui a des propriétés intéressantes, vous verrez…
Le Frêne est une espèce qui apprécie la lumière ou la semi-ombre, et se développe plutôt dans les bois frais, ou au bord de l’eau, car il apprécie les sols profonds et humides, limite acides. C’est une essence importante dans les forêt sde feuillus, sur le plan écologique : il accueille en effet de nombreuses espèces d’insectes et d’oiseaux et parfois de mammifères. Une cinquantaine d’espèces appartenant à tous les grands groupes d’insectes le fréquentent, parmi lesquels dix-sept dépendent exclusivement de lui pour survivre ! De plus, les samares mûres sont très appréciées des oiseaux et des écureuils, qui en font une grande consommation et en automne, ses feuilles tombent encore vertes et se décomposent très rapidement, produisant un humus très riche. Et son réseau racinaire très étendu et dense contribue à la stabilisation des berges et terrains menacés par les mouvements de terrain.
Le Frêne contient notamment des tanins, des coumarines et des flavonoïdes, des minéraux, des terpènes, des mucilages et du mannitol, qui ont beaucoup de propriétés intéressantes sur le plan médicinal, on y reviendra.
Malheureusement depuis les années 1990, une maladie due à un champignon vraisemblablement d’origine asiatique, la chalarose du Frêne, décime les frênaies françaises. C’est une maladie dévastatrice, qui peut faire mourir un arbre en quelques années seulement, avec des taux de mortalité qui peuvent atteindre 90% de la forêt, et pour lequel nous ne connaissons hélas pas de traitement à l’heure actuelle.
HISTOIRE
Souvent considéré comme sacré, le Frêne est un arbre qui fascine les hommes depuis la nuit des temps, et il a toujours été associé à de nombreuses légendes…
Il était particulièrement important pour les scandinaves, puisque Yggdrasil, l’Arbre-Monde à l’ombre duquel l’univers se déploie (rien que ça !) et dont les racines reliaient toutes les régions de l’univers, le mondes des dieux, des hommes et des géants, était un Frêne !
La première des runes nordiques, Ansuz, qui correspond à la lettre A, représentait un Frêne et était associée à Odin, le maître des dieux. De la même manière, le premier homme, Ask, était censé avoir été façonné à partir de bois de Frêne (alors que la première femme, Embla, provenait de bois d’Orme). C’est vraiment l’arbre-maître de la mythologie et des civilisations nordiques.
Les Romains aussi l’utilisaient beaucoup : à la fois pour ses propriétés médicinales, notamment diurétiques et anti-inflammatoires, et en tant que matériau de construction. Car le bois de Frêne, était connu à la fois pour sa robustesse et sa flexibilité (on disait qu’il était « dur comme fer »), et il avait aussi la particularité de ne pas faire d’échardes : il compte parmi les bois les plus solides et les plus résistants à la flexion et aux chocs, les hommes l’ont donc beaucoup utilisé pour fabriquer des outils agricoles, des manches en tout genre, des armes, des pièces de charpente, des éléments de chars ou de menuiserie.…
D’ailleurs, dans l’Iliade, le poème épique d’Homère sur la Guerre de Troie, le même mot grec signifie « frêne » et « lance ». Et de manière plus récente, c’est en bois de Frêne blanc que les hockeyeurs ont longtemps fabriqué les bâtons de hockey les plus recherchés !
Au Moyen-âge, on utilisait aussi le Frêne comme fourrage pour les animaux, et son écorce pour tanner les peaux et teindre des vêtements (aujourd’hui encore, feuilles et écorce, récoltées au printemps, peuvent produire une teinture végétale jaune tirant sur le brun).
D’ailleurs, le Frêne têtard est une forme taillée emblématique du marais poitevin : il ne s’agit pas d’une espèce différente de Frêne, le terme têtard décrit juste la forme caractéristique de la taille du haut de l’arbre, qui résulte de l’étêtage régulier de l’arbre pour augmenter la production de feuillage pour le fourrage et la production de bois bois pour le chauffage.
C’était aussi un arbre auquel on prêtait le pouvoir magique de protéger contre les tempêtes et la noyade : les pêcheurs l’utilisaient pour la fabrication des avirons et de l’ossature d’une barque, et les irlandais qui émigraient vers l’Amérique au 19eme siècle, lors de la Grande Famine de la Pomme de Terre, emportaient tous un talisman en bois de Frêne, pour se protéger de la noyade pendant la traversée de l’Atlantique.
Sainte Hildegarde, la fameuse moniale herboriste, utilisait ses feuilles contre les douleurs arthritiques et les inflammations, tout comme les Amérindiens, de l’autre côté de l’Atlantique.
D’ailleurs, les Lakota avaient élu Frêne pour représenter tous les arbres de la création ainsi que l'homme en son individualité, en façonnant le tuyau de la Pipe Sacrée dans son bois !
On utilisait aussi son écorce contre les fièvres et en prévention du paludisme, fréquent en Europe à cette époque, (comme substitut du Quinquina, d’où son nom de Quinquina d’Europe). Et les anciens confectionnaient parfois un lit de feuilles de Frêne et de fougères pour lutter contre la goutte.
En Écosse, dans les Highlands, on donnait traditionnellement aux nouveaux-nés une cuillerée à café de sève de Frêne pour les renforcer. Le bois de Frêne était aussi l'un des plus employés pour la Bûche de Noël, car il était le présage de la prospérité pour toute la maison. C’était aussi un arbre protecteur, dont on assurait qu’il protégeait contre les morsures de serpents : ces derniers s'écartaient carrément de leur chemin pour ne pas toucher l'ombre que faisait l'arbre sur le sol ! Pline l’ancien affirmait que les serpents préféraient affronter le feu que le Frêne !
En Asie, la Médecine Traditionnelle Chinoise utilisait elle aussi ses espèces locales pour soulager arthrose et rhumatismes, mais aussi pour leurs propriétés tonifiantes du Rein.
Dans les pays du Maghreb, ce sont plutôt les graines qu’on utilisait : elles rentraient dans la composition de certains mélanges de Ras-el-hanout.
La Manne de Frêne était aussi particulièrement appréciée dans l’Antiquité et au Moyen-âge : douce et nutritive, on l’utilisait comme ingrédient culinaire pour son goût sucré, ou pour ses propriétés laxatives et bienfaisantes, c’était une substance précieuse dont l’origine est longtemps restée mystérieuse pour les hommes, qui n’imaginaient pas qu’elle pouvait provenir directement de l’arbre mais qu’elle se formait à partir d’une vapeur sortie de terre, qui cuisait ensuite à la chaleur du soleil et se condensait en rosée sur les feuilles par le froid de la nuit. Très poétique, certes, mais un peu éloigné de la réalité : la manne est en fait une sève séchée et transformée par l’arbre lui-même en réaction à une agression ou à une incision.
On l’appelait miel de rosée chez les Arabes, et miel aérien chez les Grecs (Galien), ou encore pain des cieux, ou froment des cieux. Ainsi, la manne est devenu le terme utilisé pour désigner une nourriture délicieuse dont la provenance reste mystérieuse et c’est en référence à la manne du Frêne que la Bible parle de manne céleste pour nommer la nourriture que Dieu envoya aux Hébreux pendant l’épisode de la traversée du désert…
En France, on a commencé à importer la manne de Frêne partir du 15eme siècle, et on en cultive encore en Sicile et en Calabre, notamment, ce sont les lieux de culture les plus réputées pour ça.
Le nom de ville de Villeneuve d’Ascq et le nom de famille Dufresne témoignent de la présence dès répandue de cet arbre sur le sol français.
CULTURE ET CUEILLETTE
Comme on le disait précédemment, le Frêne aime les sols riches, humides mais bien drainés et se développe facilement, c’est un arbre robuste et rustique, qui résiste aux maladies et aux insectes, tant qu’il ne se fait pas attaquer par la chalarose du Frêne.
Tout ou presque, est utile dans le Frêne, pour l’homme : en utilisation médicinale ou culinaire, on va récolter la manne, l’écorce, les bourgeons, les feuilles et les graines. La période de récolte sera importante à respecter, et différente selon la partie récoltée.
L’écorce interne de frêne se récolte au début du printemps ou de l’été, quand la sève monte encore dans l’arbre : elle est alors plus tendre et riche en composés actifs, c’est l’idéal pour une utilisation médicinale. Par conte, si vous voulez utiliser de l’écorce de Frêne pour tanner ou teindre des tissus, vous récolterez l’écorce externe et non pas interne, et vous pourrez le faire sur une période plus longue, jusque’à l’automne.
Les bourgeons, eux, se récoltent généralement de mars à avril : attention, on prélève au maximum 10 à 15% des bourgeons de l’arbre, pas plus, pour préserver la vitalité de l’arbre, en cueillant uniquement les bourgeons terminaux, souples et encore fermés.
Les feuilles de Frêne élevé se récoltent quant à elles en juin / juillet, avant la formation des fleurs, idéalement quand elles laissent suinter une espèce de gomme visqueuse, séchée (manne moins abondante que sur le Frêne à manne).
La récolte de manne, elle, se fait uniquement sur un Frêne à manne (Fraxinus ornus), et s’effectue en général de juillet à septembre, en entaillant l’écorce de l’arbre. Une nouvelle incision est réalisée chaque jour au-dessus de la précédente. La manne s’écoule alors le long du tronc. Cet exsudat correspond à de la sève qui contient les sucres formés lors de la photosynthèse. Elle sèche au soleil, se solidifie et blanchit au contact de l’air, en 24 à 48h. On récupère ensuite les « larmes de manne » en raclant le tronc. Elle est alors nettoyée pour éliminer les morceaux d’écorces et de feuilles.
Les graines, quant à elles, peuvent généralement se récolter entre juillet et septembre.
CUISINE
Le Frêne ne s’utilise que ponctuellement en cuisine :
La manne a longtemps été utilisée comme édulcorant en pâtisserie, notamment en Sicile, car cela a un goût très agréable et doux, à cause de la présence de nombreux sucres (glucose, fructose, mannose et mannitol) : la charge glycémique de la manne est beaucoup plus faible que celle des autres sucres traditionnels, c’est ça qui la rend intéressante en cuisine (ça s’explique par le fait que certains sucres de la manne comme le mannitol ne sont pas très bien absorbés par nos intestins).
Les jeunes fruits (samares) peuvent aussi être consommés comme des câpres, après cuisson dans plusieurs eaux pour ôter leur amertume.
Pour le reste, le Frêne est surtout connu pour son utilisation en boisson : le cidre de Frêne, ou Frenette est une sorte de soda traditionnel fermenté, très légèrement alcoolisé, et facile à faire, qui était très répandue autrefois en France, en Belgique et au Québec.
Recette de la Frenette :
- Prendre 1kg de feuilles fraiches ou sèches préalablement découpées.
- Dans un grand récipient, verser 10 litres d’eau bouillante.
- Ajouter 3 kg de sucre. Selon le degré d'alcool souhaité, cette quantité peut être réduite.
- Recouvrir le récipient d’un linge propre et laisser macérer pendant 24 heures.
- Passer ce délai, chacun est libre d'ajouter les fruits de son choix (environ un kilo) pour imprimer au breuvage son identité propre : pommes, poires, prunes ou sureau pour conserver le caractère “forestier” de la recette.
- Brasser l'ensemble puis laisser fermenter cinq à six jours à température ambiante.
- Une fois filtré, le breuvage peut être mis en bouteille à limonade. Veillez à laisser un peu d'espace vide au sommet pour contenir la fermentation qui se poursuit.
Après deux semaines d'attente dans un endroit frais et sombre, votre boisson détox est prête. Elle se conserve ensuite au frais pendant plusieurs mois.
NB : Originellement, la recette ne se faisait pas avec du sucre, mais à partir d’un miellat (une excrétion sucrée des pucerons qui se nourrissent de la sève de l’arbre) récolté sur les feuilles collantes pendant la période estivale.
Mais la boisson la plus célèbre à base de Frêne reste sans conteste la fameuse « Tisane des Centenaires », tonique et rafraichissante, originaire de Milly-la-Forêt : Frêne, Cassis, Reine des prés et Menthe poivrée en quantités égales, 10 g pour 1 litre d’eau. Comme son nom l’indique, elle avait la réputation de faire vivre en bonne santé jusqu’à 100 ans !!
PROPRIÉTÉS ET UTILISATIONS
Traditionnellement, on considère que le Frêne est un arbre de nature refroidissante et asséchante. Normal pour un arbre qui aime avoir les pieds dans l’eau pour mieux l’absorber, non ?
En phytothérapie, on utilise essentiellement ses feuilles, ses bourgeons (surtout Fraxinus excelsior) , et parfois encore, la manne (Fraxinus ornus).
1/ Sphère ostéo-articulaire :
Les propriétés majeures du frêne s’exercent sur la sphère ostéo-articulaire : très bon antalgique et anti-inflammatoire, c’est aussi un excellent drainant et dépuratif. Il permet ainsi de baisser l’inflammation basale, générale de l’organisme, de manière douce mais puissante !
Toutes ces vertus en font un anti-rhumatismal de premier ordre, qui diminue les douleurs articulaires et en fait un traitement de choix en cas d’arthrose, d’arthrite, en particulier quand il y a des gonflements ou des déformations articulaires, qui sont le signe d’un terrain enflammé, chaud et humide. C’est d’autant plus vrai chez les personnes en surpoids.
C’est une plante de terrain, qu’on peut inclure quasi-systématiquement dans les mélanges à vertus anti-inflammatoire, car c’est une vraie grande détox et qu’on va souvent associer avec d’autres plantes, comme le Cassis, l’Ortie ou la Reine-des-Prés, en cas de troubles ostéo-articulaires.
C’est aussi une des plantes de première intention en cas de goutte, que ce soit en préventif ou pendant une crise, mais on va y revenir plus tard : dans ce genre de cas, on l’associe idéalement avec du Genévrier, du Pissenlit, de la Bruyère, du Sureau ou du Bouleau.
Le Frêne est aussi particulièrement efficace en cas de problèmes de tendons : c’est même l’allié idéal pour soulager rapidement une tendinite, même chronique, ou calmer une entorse ligamentaire. Tous les cas de tendons ou ligaments chauds ou enflammés, en fait (plus que de ligaments instables ou affaiblis).
On l’utilisera préférentiellement sous forme de tisane (30 à 40g de feuilles/litre d’eau, 15mn d’infusion) ou de bourgeons (gouttes à diluer dans un verre d’eau), dans ce genre de cas.
NB : une première tasse à jeun le matin maximise l’effet anti-rhumatismal. Quelques gouttes de jus de citron ou quelques feuilles de Verveine en améliorent le gout.
Mais on peut aussi faire une décoction concentrée (100g, eau bouillie 15 mn) de feuilles ou d’écorces à utiliser en compresses à appliquer sur les zones douloureuses.
2/ Sphère digestive et métabolique :
C’est le deuxième grand axe de travail du Frêne. Car il faut comprendre que le Frêne est une plante qui disperse les excès, autrement dit, c’est une grande plante de drainage et de détoxification, ce qui peut être très utile au niveau du système digestif, notamment du foie, qui dans nos sociétés occidentales, est très souvent engorgé.
D’ailleurs, en Médecine Traditionnelle Chinoise, on dit que le foie est le « maître des tendons » : on vient de parler de ses vertus au niveau des tendons, donc on pouvait bien se douter que c’est parce qu’il a une action au niveau du foie.
Le Frêne va disperser la chaleur accumulée et la congestion du foie, et ainsi relancer le nettoyage de l’organisme. Il va ainsi aider à l’élimination et on l’utilise avec succès en accompagnement des régimes amincissants, en cas de cellulite ou de graisse abdominale plus particulièrement.
De plus, le Frêne régule les paramètres sanguins : il aide le foie mieux métaboliser les graisses et les sucres, ce qui est toujours très intéressant en cas de syndrome métabolique, d’excès de cholestérol ou de sucre sanguin.
Au niveau digestif, la manne du Frêne est aussi utilisé comme laxatif et purgatif doux, surtout utilisé en médecine infantile, car il agit sans provoquer de spasmes (le docteur Valnet la recommandait à partir de 6 mois !).
Le mannitol qu’elle contient est ce qu’on appelle un laxatif osmotique qui attire l’eau et la capture dans le tube digestif pour qu’elle humidifie les selles, qui restent souples et facilement expulsables. Si vous souffrez de constipation chronique, c’est beaucoup plus sûr que d’utiliser des laxatifs irritants pour les muqueuses digestives comme la Bourdaine ou le Sené…
On dose en général 10 à 50g de manne (en fonction de l’âge et de l’importance du blocage), à diluer dans l’eau tiède, et à prendre le soir pour un effet le lendemain matin.
3/ Sphère rénale :
Plante des milieux humides, le Frêne agit sur la circulation des liquides dans l’organisme, c’est donc aussi une excellente diurétique : on va l’utiliser dans tous les cas de figure où on doit augmenter la diurèse, notamment en cas d’hypertension artérielle.
Il est aussi très utile en cas d’oedeme, de gonflements des jambes et de rétention d’eau, de manière générale.
Traditionnellement, on l’utilise aussi en cas de lithiase rénale, pour ses vertus anti-inflammatoires et d’élimination,et ses vertus antispasmodiques des voies urinaires, autant en prévention qu’en cas de crise.
Mais ce n’est pas qu’une plante diurétique, c’est aussi une plante qui stimule la fonction rénale et qui a notamment des vertus uricosiques, autrement dit elle aide les reins à éliminer l’acide urique en excès : très intéressant quand on a un terrain « goutteux », car c’est le résultat de reins fatigués qui laissent l’acide urique s’accumuler dans les articulations au lieu de l’évacuer. D’ailleurs, au 19eme siècle, la médecine traitait encore la goutte essentiellement avec les feuilles de Frêne.
Traditionnellement, on fait les cures de Frêne entre novembre et février en Médecine Traditionnelle Chinoise, car les reins sont associés à la saison d’hiver pendant laquelle on doit « nourrir les reins ».
On l’associe bien avec du Solidage, des graines de Fenouil, de la Bruyère et de l’aubier de Tilleul quand on travaille sur la sphère rénale.
4/ Sphère immunitaire :
Dans ce cadre, c’est l’écorce, très riche en tanins, qu’on utilisait traditionnellement, pour ses propriétés anti-oxydante, fébrifuge et tonique, en cas de fièvres intermittentes ou paludiques, de diarrhées et de dysenterie. De nos jours, cette utilisation est un peu tombée dans l’oubli…
5/ Précautions d’emploi :
Le Frêne est une plante très sécure, et il n’y a pas d’effets indésirables ou de contre-indications aux doses thérapeutiques usuelles chez l’adulte. On l’évite chez les femmes enceintes et allaitantes par manque d’informations, et chez les enfants de moins de 18 ans, sauf sous forme de manne.
SYMBOLISME
Arbre-monde, le Frêne est bien évidemment synonyme de SOLIDITÉ et de grandeur : Dans les légendes germaniques, Yggdrasil est sans cesse agressé, mais rien ne peut en venir à bout. C’est un arbre qui protège et renforce et donne un surcroît d’énergie. C’est le tonique des reins, n’oubliez pas !
C’est aussi un symbole de SAGESSE : car par ses racines, il a à la fois la mémoire du passé et la connaissance de l’avenir, il représente le LIEN entre les mondes, entre la Terre et le Ciel, la circulation d’énergie entre les organes.
C’est aussi un arbre qui ne se précipite pas à bourgeonner, il a la sagesse de prendre son temps et il nous questionne ainsi sur notre capacité à écouter notre propre rythme, sans nous comparer aux autres en permanence ? Passé, Futur : le Frêne nous invite à vivre dans notre présent, et à prendre note temps.
Dans notre société où on se plaint souvent que tout va trop vite, écoutez donc la sagesse du Frêne…